Analyse du comportement équin

Hippologie

Analyse du comportement équin

Proie à l’état sauvage, le cheval est un animal herbivore non ruminant. Cela implique un rendement digestif faible et l’obligation de pâturer longtemps afin de trouver l’énergie nécessaire à sa vie (entre 13 et 15h par jour). Le reste du temps est consacré au repos (entre 5 et 7 h par jour) et au déplacement (2 h par jour) puis aux interactions sociales.

Animal social, le cheval vit en harde. Cette structure permet d’assurer une surveillance face aux prédateurs, d’augmenter l’efficacité de la gestion des ressources (nourriture, boisson), d’optimiser la reproduction et les apprentissages des poulains (sociabilité, survie, …). Dans la nature, la harde compte trois à dix individus : un étalon (rarement deux) entouré d’une à trois juments et de leurs poulains. La jument alpha est souvent dominante. La hiérarchie du groupe s’établit selon une logique dominant/dominé définit selon l’âge et le tempérament. En parallèle de l’organisation hiérarchique, le cheval développe des relations privilégiées avec certains de ces congénères faites d’allogrooming, de veille pendant le sommeil et de recherche active de présence. Être de liaison, en mal de solitude, les chevaux ont besoin de se sentir, se toucher et communiquer. Ce sont des besoins éthologiques. En l’absence de ces contacts sociaux, certains chevaux développent des tics nerveux (tic à l’appui, tic à l’air, tic à l’ours, voire d’agressivité). Ces besoins peuvent être compensés par une relation extra-spécifique : homme, mouton, chèvre, etc.

Le cheval n’est pas une espèce territoriale. Plusieurs hardes peuvent se côtoyer en fonction d’une structure géographique et de ressources mais ne se mélangent pas afin d’éviter toute consanguinité.  Grâce au flairage, les chevaux dispose d’une excellente mémoire géographique leur permettant de trouver le chemin vers les différentes ressources dont ils ont besoin.

Dans la nature, le cheval est une proie. En cas de danger (prédateur), son seul moyen de défense afin d’assurer sa survie sont ses déplacements rapides (dépourvu de griffes, crocs, cornes) pour fuir. C’est la raison pour laquelle, le cheval est une espèce nidifuge. Seulement après quelques heures après sa naissance, le poulain est capable galoper aussi rapidement que sa mère.

Afin de repérer tout potentiel danger, les yeux du cheval sont situés sur les faces latérales de la tête et dispose d’une vision binoculaire. Cette disposition lui permet de détecter tout mouvement à presque 360° autour de lui grâce à une posture d’alerte de gauche à droite, permettant de compenser l’angle mort derrière sa tête.

La communication du cheval

Le cheval utilise des signaux de communication identiques quel que soit l’espèce (sa propre espèce ou l’homme par exemple).

  •  Communication auditive

Le cheval utilise 7 sons différents, parfois en combinaison.  Le hennissement est un signal à longue distance audible parfois à plus d’un kilomètre émis surtout en cas de perte de contact visuel avec ses congénères. Le cheval l’utilise aussi pour signaler sa présence à l’approche d’une zone où il sait que se trouvent d’autres chevaux. Le couinement est un son émis en cas de rencontre rapprochée de deux chevaux en palettant. L’appel sourd est une espèce de grognement de bienvenue ou d’appel émis particulièrement par la jument vis-à-vis de son poulain mais aussi du cheval vers son soigneur. Le gémissement est un grondement sourd et gémissant émis lors d’effort physique ou de conflit mental. On peut souvent l’entendre lorsque le cheval se couche. Le souffle est une expulsion violente et brève d’air par les naseaux audible à distance moyenne. Il est utilisé en cas de danger ou lorsqu’une odeur particulière est découverte. L’ébrouement est une expulsion d’air rythmique par les naseaux émis lorsque les naseaux sont irrités ou pour exprimer nervosité et impatience. Le ronflement est une inspiration d’air vibrante par les naseaux émis en signal d’alarme audible à faible distance. 

  • Communication olfactive

Le cheval a un excellent odorat. Il l’utilise systématiquement lors de rencontre par un contact nez à nez. Cela lui sert probablement autant à identifier son vis-à-vis que la vue et l’ouïe. L’étalon examine systématiquement les crottins des autres chevaux avant de les recouvrir de ses propres crottins. Tous les chevaux reniflent longuement le sol des aires de roulages avant de se décider de se rouler à leur tour.

Le flehmen est un comportement particulier de flairage permettant l’activation de l’organe voméro-nasal qui a la particularité de détecter les phéromones, sorte de message chimique volatil renseignant sur l’état de réceptivité sexuelle et le statut social de son émetteur. Le cheval lève la tête en repliant le bout du nez sur les naseaux découvrant ainsi ses incisives, il fait voyager l’air dans ses fosses nasales et expulse enfin doucement l’air de ses naseaux.

  • Communication tactile

Les contacts tactiles sont peu nombreux si l’on excepte le contact de la mère avec son poulain. Ils sont de deux natures :

  • Les contacts agonistiques (agressif) : morsures, coups de pieds, bousculades.
  • Le toilettage mutuel (allogrooming), observé surtout entre partenaires préférentiels, il a une fonction hygiénique (surtout en période de mue) et d’apaisement social. La fréquence des toilettages est plus grande après une période de conflits.

 

  • Communication visuelle

C’est la plus importante des communications chez le cheval. La posture (position de tout le corps : oreilles, yeux, naseaux, bouche, port de tête, queue, membres, tonus musculaire, etc.) et ses variations (mouvements divers) expriment de manière très subtile les émotions et intentions du cheval (langage corporel). Ces postures varient très vite en fonction du contexte environnement et social. Cette subtilité est telle que l’homme nécessite un apprentissage conséquent pour savoir l’interpréter. Cela est d’autant plus vrai que le groupe est stable, les chevaux ayant alors appris à réagir ente eux au plus petit signal. Le cheval interprète des variations très fines de la posture que ce soit équine ou d’une autre espèce. Nous savons depuis le cas de Hans, le malin (https://www.dailymotion.com/video/x5mryjn) que le cheval est capable de distinguer les mouvements du visage humain de l’ordre du millimètre. Il est, ainsi, possible d’imaginer les possibilités fantastiques de discrimination posturale du cheval. Il suffit bien souvent d’apercevoir leur silhouette pour reconnaitre une attitude caractéristique. Par exemple, lorsqu’il se veut agressif, le cheval couche les oreilles, montre les dents, tend l’encolure, fouette de la queue plutôt haute et menace de donner des coups de sabots, voire fait mine de charger. Les adultes dominés s’éloignent tout simplement tête semi-basse, queue rentrée et oreilles neutres à attentives. Dans un groupe familial stable, la hiérarchie s’établit doucement et les combats sont rares sauf entre étalons se disputant les faveurs des femelles. L’agressivité est, cependant, fréquente entre chevaux ne se connaissant pas et mis en contact rapproché par l’homme, surtout sur des animaux privés de contact sociaux (boxe…). Le poulain abordant un adulte effectue de grands mouvements de mastication, lèvres retroussées et tirées vers l’arrière et tête relativement basse : le snapping. Le snapping est une attitude caractéristique du poulain qui tend à disparaître à l’âge adulte.

Les chevaux utilisent le langage corporel par « étapes ». Par exemple, deux chevaux qui mangent la même ration de foin entrant en conflit ne vont pas avoir la même façon de réagir. En ce qui concerne le cheval dominant :

  • Il couche les oreilles en arrière,
  • Tourne la tête rapidement oreilles en arrière vers son congénère
  • Recommence bouche ouverte dents découverte
  • Tente de le mordre

Cette séquence peut être interrompue à tout moment par le départ du dominé. Plus les chevaux se connaissent plus la séquence est courte. Le dominé réagissant au premier coucher d’oreille ou peu après.